« Mieux vaut allumer une lampe que maudire l’obscurité »

Il était une fois… le Village Imuhira

Fin août 2005… Luc Torrini revient en Belgique après un deuxième séjour au Burundi, petit pays au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, dévasté par une crise interethnique de plus d’une décennie.  Il contacte immédiatement quelques amis pour leur faire part des possibilités de « faire quelque chose ». S’ensuit un brainstorming. Il faudrait s’occuper d’enfants victimes de cette crise. Mais ils devront aller à l’école. Et il faudra les soigner. Les nourrir. Leur apprendre un métier… Et puis, il faudrait un centre communautaire pour que les gens meurtris par le conflit se retrouvent dans des projets communs… La liste des possibilités s’allonge rapidement, mais il devient clair que le projet sera un village, le Village Imuhira – à la maison, chez soi en kirundi. Pour rendre un chez soi à ces enfants, pour offrir un lieu de reconstruction à une population profondément marquée par les massacres… mais aussi pour que chaque personne voulant s’impliquer ici dans cette action puisse s’y sentir à sa place. L’idée est ambitieuse, le projet est même fou, mais les membres de la « cellule Imuhira » ont cette conviction profonde que, si cette œuvre est juste, on trouvera l’argent.

Et dès janvier 2006, un terrain de 3,5ha est mis à notre disposition par les autorités de la province de Muramvya, sur la colline de Rurenda. La construction d’une école primaire sera le premier objectif. Grâce aux premiers concerts de soutien de l’UJEB-Bruxelles au printemps suivant, le projet est lancé officiellement en Belgique. Mi-juin 2006, la première pierre du site est posée au Burundi, suite à la présentation des plans de l’école au gouverneur de la province. La dernière réponse reçue à l’appel d’offres lancé pour la construction de l’école est celle de l’entrepreneur burundais GETRA, qui propose de commencer les travaux sans acompte et même de les préfinancer les travaux ! Le chantier commence déjà à la mi-juillet, reçoit en août la visite du Président de la République burundaise et s’achève à la Toussaint, permettant la première rentrée scolaire début novembre, avec 400 enfants ! Un peu plus d’un an après qu’un groupe d’amis ait mis sur papier les grandes lignes du projet, celui-ci est une réalité !

Aujourd’hui, le Village Imuhira accueille plus de 550 enfants dans l’école, qui dispense un enseignement de qualité dans des classes de taille raisonnable. Une antenne psycho-médico-sociale y a été créée pour suivre les enfants et évaluer leurs besoins. Une cantine scolaire  y a également été mise en place en parallèle avec un programme éducatif agricole. De nombreuses cultures se développent sur le site et sur les terrains supplémentaires qui ont été attribués au Village. Un terrain de sport est aménagé. Un troisième cycle de cours d’alphabétisation pour adultes va bientôt s’achever. Un poulailler et un rucher ont été installés. Un système d’adduction d’eau et deux citernes sont à la disposition de l’école et de la population environnante… et beaucoup d’autres projets sont en attente !

En nous imprégnant de la réalité locale, le projet a évolué depuis notre premier brainstorming, afin d’être plus pertinent et porteur d’un vrai développement. Mais son cœur n’a pas changé. Grâce à l’enthousiasme et à la générosité de ceux qui ont cru qu’ensemble, il était possible de changer les choses, une population meurtrie retrouve sa dignité et commence à reprendre son avenir en mains.