« Mieux vaut allumer une lampe que maudire l’obscurité »

Enseignement, Interculturalité … Développement

L’enseignement en Afrique et au Burundi doit faire face à de nombreuses difficultés et amène un fort taux d’échec chez les élèves. Les enseignants manquent de formation et de connaissances sur les différents moyens qui existent maintenant pour rendre l’élève autonome et acteur de ses apprentissages.

Cela fait cinq mois que j’enseigne au Burundi dans le cadre du projet « Village Imuhira ». Depuis septembre 2009, je mène un programme de formation continue pour 120 enseignants et directeurs exerçant dans les écoles primaires environnantes à la colline de Rurenda. La formation vise à développer les capacités des enseignants afin d’améliorer la pédagogie et de bénéficier ainsi indirectement aux élèves et à la population locale.

Enseigner au Burundi n’est pas chose aisée et je me suis heurtée à plusieurs difficultés dès mon arrivée. Comme je voulais instaurer un échange sincère de connaissances, j’ai passé beaucoup de temps avec les enseignants, à discuter avec eux de la profession, de leurs soucis, des moyens qu’ils mettent en œuvre pour faire réussir un maximum d’élèves malgré les conditions d’enseignement difficiles dans lesquelles ils exercent (grand nombre d’élèves, manque de matériel, exiguïté et mauvaise qualité des locaux, surcharge du programme national). Au fil des semaines, j’ai appris à connaître les enseignants, à les comprendre, à prendre conscience de ce qu’est enseigner au Burundi.

En collaboration avec le DPE (Directeur Provincial de l’Enseignement) j’ai alors créé une série de huit cours traitant de différents thèmes pertinents à aborder au Burundi, tout en tenant compte des envies et des attentes des enseignants. Néanmoins, mêler pédagogie active et conditions d’enseignement difficiles n’est pas chose aisée.

Actuellement, je mène en parallèle des cours théoriques et pratiques. Lorsque je vais dans les classes, les enseignants mettent en pratique ce que nous avons vu aux cours. Ils me donnent des retours constructifs sur nos échanges. Bien entendu, certains se montrent d’avantage réceptifs et motivés que d’autres. Car changer sa pédagogie, surtout dans une culture où l’autonomie d’apprentissage de l‘élève n’est pas mise en valeur, demande beaucoup de travail et de persévérance. Ce travail doit avant tout s’opérer au niveau des conceptions des enseignants. C’est ce dernier point qui est un des plus difficiles à atteindre.

Le but principal de cette formation n’est pas de faire réussir tous les élèves des classes concernées, mais surtout de développer leur autonomie, leur jugement et leur créativité afin de leur permettre de choisir le plus judicieusement leur avenir. L’école crée des citoyens.

Je conseille une telle expérience à tous mes collègues. Elle m’a permis de voir l’enseignement sous un autre angle et m’a fait prendre conscience de l’importance de l’éducation dans le développement d’un pays.

Le métissage culturel qu’offre l’exercice de sa profession dans une société différente est abondamment enrichissant. Selon moi, l’interculturalité existe où chacun apporte quelques facettes de sa culture tout en respectant celle de l’autre. Car reconnaître la culture de l’autre, c’est avant tout reconnaître l’Autre.

Delphine Ecoffey